Du ski-alpinisme au ski de montagne de compétition: Réflexions de Stéphane Brosse

En quelques années nous sommes passé du ski alpinisme au ski de montagne de compétition. Qu’est ce qui ce cache derrière ce changement de nom ?

Dans les années 90 les courses de ski alpinisme se déroulaient exclusivement par équipes de deux sur des parcours de montagne relativement éloignés des domaines skiable. Ces courses comptaient un dénivelé compris entre 2200 m et 2500 m voir occasionnellement plus.

Depuis 6 ans je constate une évolution significative au niveau de la pratique mais surtout au niveau compétition. Nous sommes passé dans l’aire du ski de montagne de compétition.

Il ne s’agit pas uniquement de donner un nom plus juste et précis à cette pratique mais il s’agit bien la d’une évolution significative et d’une internalisation grimpante.

Effectivement les randonneurs sont de plus en plus nombreux le week end dans nos massifs alpin mais surtout de plus en plus de sportifs estivaux (cyclistes, coureurs, …) se mettent au ski de montagne l’hiver. Mais ce public de sportif n’est pas montagnard dans l’âme et préfère l’entraînement sur piste ou les rando peuplés à la découverte de nouveaux itinéraires sauvages.

Au niveau des compétions on peut se réjouir d’un début d’internationalisation avec les principaux acteurs européens (Italie, Suisse, Espagne, France, …) qui ont réussit à mettre en place les bases d’un règlement commun. Ces même pays ont commencé à entraînés leur voisins (Autriche, Allemagne, Slovaquie, …) dans l’aventure de la compétition. Ainsi il est possible de regrouper sur une même compétition les meilleurs compétiteurs du moment (ce qui n’existait pas il y a encor 6 ou 7 ans). De plus des efforts sont fait pour intégrer d’autres pays et continents (Amérique du nord, du sud, Afrique du nord, Asie, …). Pour cela je dis bravo.

Par contre la ou je serai plus critique c’est sur l’évolution des formats de compétition. Nous avons tout d’abord créer les courses individuel, puis les relais et les monté seul sur piste. C’est d’abord sur le principe de diviser la discipline en créant des spécialités sur lequel je ne suis pas d’accord. En effet les compétiteurs de ski de montagne ne sont pas très nombreux. Les fédérations nationale ne sont pas très riche et ne peuvent soutenir un nombre de coureurs très important. D’où la division de ces coureurs sur des courses différentes au lieu d’essayer de les rassembler sur une même course ! Puis je suis particulièrement opposé sur le fait de donner un titre (national ou international) sur une course qui ne transmet aucunement les valeurs de montagnard du skieur, mais qui n’est qu’un exercice physique auquel tous sportifs pourrait se présenter. Les montées sèches et les relais ne devraient être à mes yeux que des compétions promotionnelles destinées à parfaire l’entraînement des sportifs et faire découvrir la discipline au plus grand nombre. Pour autant il est intéressant de créer ce genre d’évènement (monté sèche ou relais) lors d’un championnat de monde pour la promotion de la discipline mais de grâce qu’il n’y ai plus de champions de monde de monté et de champions de relais. Il ne s’agit, alors plus du même sport ! En quoi reconnaît on les valeur de montagnard d’un champion du monde de monté sur piste ?

A mon sens il est donc important de ne pas « brader » notre discipline trop rapidement au profit de la médiatisation ou de l’olympisme, mais de bien maîtriser cette évolution qui est effectivement souhaitable. La maîtriser en conservant des parcours alpin et technique ou la valeur du montagnard (montée, descente, arrêtes, couloirs, …) sera prédominante. Pour autant il ne faut pas refuser catégoriquement les compétitions qui s’appuient sur des stations qui restent des partenaires de premier ordre dans l’organisation et la médiatisation des courses.

Je pense que nous devons arriver à un système à 4 niveaux :

  • 1/ les grandes courses classiques de haute montagne (Mezzalama, Pierra Menta, PDG, …) ces course historique et mythiques doivent restée fidèles à leurs particularités. Elles doivent respectées ce qui a fait leur succès et continué à faire rêver le public.
  • 2/ Les compétitions internationales (Coupe du monde championnat du monde. Ces courses doivent impérativement conservées un caractère technique et alpin tout en essayant d’attiré les sponsors et média sur ces évènements.
  • 3/ Les compétitions nationales (coupe de France, coupe CAF, …) Ces courses doivent également conservé leur caractère technique et alpin. Ce situé en pleine montagne ou proche d’un domaine skiable en fonction des possibilités d’organisation.
  • 4/ Les compétitions promotionnelles (nocturnes, relais, monté seiche, …) ces courses doivent avoir un triple objectif:
    • Devenir des séances d’entraînement conviviale pour les compétiteurs
    • Permettre au ceux qui souhaitent découvrir l’activité de participer à une compétition conviviale
    • Faire la promotion de la discipline dans les stations et créer des animations

Voila en résumé OUI pour une évolution de ski de montagne avec + de médiatisation et de sponsors, OUI pour l’olympisme mais pas à n’importe quel prix!

Nous devons toujours garder en tête que ce qui fait aujourd’hui notre particularité et donc notre force c’est de pouvoir s’exprimer en montagne sur des terrains parfois difficiles et non stabilisé. Tachons de conserver et de valoriser ces différences qui seront nos points forts de demain!

Stéphane BROSSE

  • En réponse à l’article de S. Brosse

    En réponse à l’article d’opinion de Stéphane Brosse, à qui je souhaite une bonne réussite aux championnats du monde, j’aimerai donner mon avis sur quelques points qui figurent dans son écrit et dont je suis en désaccord. Je vais essayer de rédiger ces quelques lignes avec un français le plus correct possible.
    Il est vraie que la discipline du ski de montagne international a vraiment évolué depuis les années 1992-1993 où à travers le CISAC est apparue la première coupe d’Europe de ski alpinisme. Depuis il y a eut des changements politiques, structurels et une croissance significative des pays et des compétiteurs (en nombre et en qualité) dans les compétitions internationales, qui parfois ont provoqué certaines tensions et mécontentements parmis les uns et les autres.
    Je me souviens d’ailleurs, qu’il y a 4 ou 5 ans il y a eut un fort courant, surtout en France, contre l’organisation de courses individuelles. Le temps a démontré que ce genre de compétitions avaient leur place dans la structure compétitive des différents pays pratiquants.
    C’est ainsi qu’aujourd’hui, on peut comprendre que d’une part les montés sèches (vertical race) et de l’autre les relais puissent apparaître comme envahisseurs de la philosophie initiale du ski alpinisme de compétition. Mais, à mon avis, ces deux conceptions d’envisager les courses peuvent coexister dans les circuits nationaux et internationaux.

    La vertical race compte chaque jour plus d’adeptes: chaque pays a plus ou moins une compétition de cet ordre et certaines fédérations ont même crée un circuit à cet égard. J’observe qu’il y a une demande dans ce sens et que l’ISMC ne peut pas fermer les yeux, d’autant plus que le matériel et la technique utilisés sont inhérents au ski de montagne. Il est certain qu’une grande partie des participants à ces épreuves ne sont pas exclusivement des montagnards mais il faut dire qu’un grand nombre de compétiteurs confirmés s’y impliquent sans aucune objection. De par celà, la voie d’accés au ski de montagne est amplifiée et le résultat peut aboutir à une augmentation de pratiquants.
    Par ailleurs, les nations secondaires, dans le firmament des grandes puissances du ski de montagne Européen, peuvent se mettre en valeur plus facilement dans cette modalité, ce qui est positif vis à vis de leur pays, fédérations et sponsors. Je suis d’accord, en ce qui concerne l’article de Brosse, avec l’importance relative qu’il faut concevoir à cette discipline: elle est clairement moins représentative que les épreuves traditionnelles et devrait avoir des coefficients, des prix et une reconnaissance nettement inférieurs.

    En ce qui concerne les relais, je crois fortement que cette modalité, qui a vu le jour aux championnats du monde 2004 et qui a vécu de grands moments aux championnats d’Europe en Andorre 2005, est sans aucun doute destinée à la catégorie de championnats. C’est l’épreuve qui conclut une semaine pleine d’intensité; c’est la fin de fête; c’est le moment où le grand public observe en direct et intégralement le dénouement d’une course comprimée, pleine de dynamisme et de vitesse, ce qui souvent lui est caché par les grandeurs de la montagne. L’épreuve de relais c’est aussi l’occasion pour que les coureurs d’une même sélection observent leurs coéquipiers, les juniors, etc. C’est l’épreuve où tout le monde se réjouit, où il n’y a plus de pression. Lors des derniers championnats d’Europe, j’ai aperçu peu de spectateurs ou entraîneurs s’ennuyer ou ne pas vibrer avec le spectacle offert par ces formidables athlètes qui courraient les relais.
    Il faut néanmoins, tout comme pour la vertical race, lui attribuer une importance relative vis à vis des coefficients et des prix et surtout il est indispensable que cette épreuve soit conçue dans un circuit de montagne (conversions, descentes hors pistes, changement de peaux, etc.) avec des dénivelées de 100 a 150 m pour chacune des 2 montées. D’ailleurs dans cette optique du relais, si l’on n’ai pas bon skieur de montagne, on ne peut pas avoir de bon résultats: les meilleurs relayeurs en Andorre étaient les meilleurs compétiteurs du moment.

    En conclusion, sans vouloir détacher une polémique avec qui que se soit et en respectant toutes les opinions je pense que la vertical race et les relais peuvent trouver sa place dans un championnat international où convergent plus de 30 pays et des centaines d’atlhètes-montagnards. Un championnat de 5 jours (avec toutes ces épreuves) c’est aussi l’occasion de se trouver, de se connaître entre compétiteurs. C’est la chance pour que les petites nations de ce sport puissent apprendre des grandes. Dans un sport minoritaire comme le notre, avoir plus de pratiquants ne peut nous faire que du bien.
    Quoi qu’il en soit, la compétition par équipe et la course individuelle seront toujours les épreuves reine des championnats et des coupes et par ailleurs la Patrouille, la Pierra Menta et la Mezzalama seront le Tour de France du ski de montagne.
    Mais si on me dit de choisir entre la coupe d’Europe de 1994 et le championnat du monde d’Italie 2006, je part manger des pâtes.
    À bientôt et tous mes encouragements pour les organisateurs de Cuneo 2006

    Francesc Poujarniscle «Putxi»
    Directeur des championnats d’Europe «Andorre 2005»
    Entraîneur de l’équipe d’Andorre