Les valeurs du ski alpinisme (Stephane Brosse)
-Article publié par Montagnes Magazine en novembre 1008-
Comme l’ensemble du petit milieu du ski-alpinisme, j’ai appris et suivi par le biais de la presse le cas de dopage de Patrick Blanc lors de la dernière PDG. Encore plus que tous, et certainement autant que ces deux coéquipiers, j’ai ressenti une certaine forme de tromperie, une profonde tristesse pour lui, mais surtout pour une belle discipline qui ne mérite pas cela.
Compétition et amateurisme
Comme beaucoup de monde j’ai commencé le ski-alpinisme tardivement, vers 18 ans, lorsque des copains m’ont emmené en montagne. J’ai découvert un milieu qui m’a tout de suite fasciné et me fascine encore chaque jour. Comme une majorité d’entre nous, j’ai aimé avant tout la recherche d’autonomie et l’apprentissage des choix qu’implique la montagne. Faire sa trace, choisir son chemin, c’est encore plus important sur le plan de l’éthique. Et dans ce domaine, chacun est libre de placer la barre où il le souhaite. J’ai placé (je place chaque jour) la barre à un niveau qui me paraît être le bon pour moi.
Durant plus de 12 ans, j’ai orienté ma pratique vers le sport et la compétition, par goût du jeu, et certainement aussi parce que la compétition fait partie de ma culture ! La compétition m’a beaucoup apportée, j’ai progressé techniquement et physiquement, cela m’a servi et me sert encore chaque jour en montagne. Mais, ce que j’ai trouvé de formidable dans ce petit sport, c’est d’être resté amateur. Les coureurs gardent une vie sociale et professionnelle normale, et ne vivent pas que pour des résultats sportifs. Pour moi, c’était un élément déterminant, même si à un moment j’aurais aimé avoir plus de temps pour encore mieux me préparer. Le fait de rester amateur m’a permis de relativiser et de me détacher de l’égocentrisme chronique du sportif de haut-niveau.
Bien évidement la lutte contre le dopage est un point qui est évoqué très régulièrement lorsque l’on représente une fédération et que l’on a le statut de sportif de haut-niveau. Les informations et les contrôles sont réguliers et certaines règles comme l’anti-automédication doivent devenir naturelles.
J’ai donc vécu durant plusieurs années en subissant en moyenne 5 contrôles par an et en étant persuadé que ce sport amateur ne pouvait être confronté au problème de dopage. Dans tous les cas j’étais sûr et je le reste, qu’il est possible d’être au meilleur niveau sans tricher.
Bombe à effet immédiat !
Les effets de ce contrôle positif dans le ski-alpinisme sont importants. C’est un choc psychologique pour tous, que l’on soit de ceux qui croient au sport amateur portant des valeurs fortes et propre à 100%, ou que l’on soit de ceux qui savaient ou imaginaient bien avant que, comme tous les sports, le ski alpinisme n’échappait pas à la règle, ou alors de ceux qui naviguent entre ces 2 sentiments. Malheureusement aujourd’hui nous avons la preuve que la dérive est possible. Pour autant, même si une personne est aujourd’hui reconnu coupable, gardons en tête que le sport n’est qu’un jeu (encore plus quand il est pratiqué en amateur) et ne traitons pas notre ancien compagnon de course comme un criminel. Aidons-le à parler (dire à la vérité) pour nous permettre à tous d’évoluer et surtout de tirer des enseignements de cette histoire.
Pourquoi ?
Nous pouvons tous rechercher les raisons pouvant motiver ce dérapage. Entre le besoin de reconnaissance exacerbé, la déprime de mauvaise saison, le trop plein de pression ou la fin de carrière, … lui seul pourrait répondre. Et encore, ce n’est pas sûr !
Dans un premier temps l’important est de s’assurer qu’il s’agit bien d’un cas isolé, et surtout pas une généralité de ce sport. C’est pourquoi j’engage tous les athlètes de haut, moyen ou même modeste niveau à ne pas baisser les bras, à ouvrir leur porte, communiquer, faire voir comment ils vivent, s’entraînent, courent, mangent, dorment, … sans tabou, et en toute transparence.
Je sais aujourd’hui que ce cas ne peut être que marginal. La faute doit être reconnue, la punition est nécessaire. Mais ne faisons pas de suppositions au-delà de ce qui est factuel, ne détruisons pas l’ensemble pour un seul cas.
Et demain ?
Il va falloir d’abord convaincre les plus rétissants à nous croire, puis transmettre aux plus jeunes les valeurs du sport et celles de la montagne. Nous devrons, je pense, tous nous rapprocher de notre activité de base qu’est le ski de randonnée et ne pas en oublier chacune de ces facettes (randonnée, raids, pente raide, compétition, …). La compétition est formidable. C’est un jeu permettant de progresser techniquement et physiquement. Elle permet aussi de voyager et de faire des rencontres. Mais je pense qu’elle doit rester au service de son sport. Notre combat pour conserver un sport amateur le plus propre possible devient celui de la diversité pour les jeunes. Entre compétition et montagne, il n’y a pas de choix à faire, les deux sont possibles et permettront de conserver en grande majorité, des passionnés, sachant relativiser leurs résultats sportifs.
Dans tous les cas, les victoires en compétition comme en montagne restent des émotions personnelles dont chacun des acteurs ne saurait apprécier le goût qu’en fonction de l’éthique qu’il y met. La satisfaction d’une victoire ou d’un sommet sera d’autant plus belle et appréciée que sa réalisation a été propre…
Stéphane BROSSE
Skieur-Alpiniste
Source: Montagnes Magazine novembre 2008








Recent comments
1 week 1 hour ago
1 week 2 days ago
3 weeks 2 days ago
3 weeks 4 days ago
5 weeks 2 days ago
5 weeks 6 days ago
5 weeks 6 days ago
7 weeks 2 days ago
7 weeks 2 days ago
7 weeks 2 days ago