Rapport Annuel 2006 - Les compétitions internationales
Cette saison a connu plusieurs points forts: 3ème Championnat du Monde, 3ème édition de la Coupe du Monde, 21ème Pierra Menta et le Circuit Trophée des Alpes, 12ème Patrouille des Glaciers, restructuration des organes de la fédération internationale et une forte réflexion au sein de l’UIAA sur le futur de cette dernière et de notre sport.
Le circuit officiel est marqué par une certaine indifférence des officiels envers la qualité des courses, ce qui se fait sentir parmi les coureurs et dont profitent les courses et les circuits parallèles. Il est également touché par des fréquentes modifications sans vraiment une vision de l’évolution (3 courses obligatoires pour la Coupe du Monde 2004/2005, seulement 2 courses pour la saison suivante). La crise se fait sentir également par manque de volonté de payer une épreuve de la Coupe du Monde, dont les charges ISMC sont élevées sans aucun retour. Merci à la fédération d’Italie pour le « sponsoring » de cette saison (5 courses plus importantes sur 11 courses, en Italie). Trouverons – nous un autre pour la saison à venir?
Zuzana Rychlikova et Josep Castellet
Analyses
Un calendrier international trop chargé
Championnat du Monde – Olympiades de skialpinisme
Circuits parallèles – un bel avenir?
Couverture médiatique et le sponsoring
Conclusions
Un calendrier international trop chargé: Coupe du Monde & Coupe d’Europe en concurrence
La Coupe du Monde a connu depuis sa création en 2003/2004 des changements permanents. Le modèle initial 2 courses obligatoires (dont la finale) sur 3 a été instauré pour assuré un déplacement des coureurs européens à la première course hors Europe, aux USA. (A noter que les coureurs américain ne montraient aucun intérêt pour les courses de la Coupe du Monde en Europe et la première course à laquelle ils ont participé,hors Championnat du Monde, à été la Pierra Menta).
L’année d’après, il fallait de nouveau assurer le déplacement aux USA et les 3 courses sont devenues obligatoires.
La 3ème édition est marqué par une diminution de nombre de courses, à 2, et une réapparition de la Coupe d’Europe cette fois Open.
Tous ces changements n’ont pas été propices à la Coupe du Monde. Le nombre de participants ne cesse de baisser, seulement 10 équipes hommes et 3 équipes femmes ont participé aux deux compétitions de la Coupe du Monde 2006 (voir La Coupe du Monde en chiffres). Les meilleurs coureurs du monde cherchent d’autres priorités (Patrouille, Mezzalama, Pierra Menta, course à fortes récompenses et de prestige, etc..) et la Coupe du Monde passe en périphérie de leurs intérêts. Sa qualité en est ainsi touchée. Ce désinternement progressif des coureurs est amplifié par une qualité à la baisse des courses proposées dans la Coupe du Monde. La Course de Vall D’Aran en est le meilleur triste exemple. L’expérience de Vall D’Aran a fait montré une autre tendance très négative et dangereuse : un fossé entre les coureurs et coaches et les officiels. La réclamation signée par toutes les équipes sur place a été rejetée par le jury (ce qui peut être légitime), de plus aucun des organes de l’ISMC n’a pas estimé important de se remettre en question et porter une réflexion sur ce qui s’est passé. La Roumanie et la France ont envoyé des demandes officielles de revalorisation de la courses de Vall d’Aran.
De plus, les organisateurs sont de moins en moins nombreux de vouloir aligner 5000 EUR pour se payer une course de la Coupe du Monde, avec un peloton de licenciés ISMC incertain (voir les statistiques) et une retombée médiatique très faible.
Même si actuellement la Coupe du Monde est l’unique circuit (à l’exception des Championnat du Monde) qui attirent tous les meilleurs coureurs du monde, elle cherche sa place sur la scène internationale depuis sa création, et elle a dû mal à percer tant bien parmi les coureurs que parmi les organisateurs. Il est important d’avoir des compétitions homogènes au sein de la Coupe qui maintiendraient le niveau élevé tout au long de la saison. Si non, le ski de montagne de compétition risque de se retrouver dans la situation il y a 8 ans, quand aucun circuit ni course regroupait tous les meilleurs coureurs du moment. Cette tendance a déjà en cours.
Le choix de la course, tant au niveau technique, qu’au niveau d’organisation et les primes, est primordiale parce qu’il joue également dans la décision des coureurs. Une couverture médiatique et commerciale devient ainsi indispensable pour faire de la Coupe du monde un joli produit marketing où tout le monde trouvera son compte.
La restauration de la Coupe d’Europe a dû probablement complémenté la Coupe du Monde avec seulement ses 2 courses. Or, après cette première saison le sentiment reste perplexe. Complètement ignoré par les TOP coureurs, elle rassemble les catalans, les basques, et les sportifs amateurs de la région. A noter que la qualité technique de ces 2 courses a été très bonne, même meilleure que certaines courses de la Coupe du Monde.
Il est ainsi difficile de cerner l’objectif de la fédération internationale avec la reprise de cette Coupe d’Europe.
Il est vrai qu’on pourrait envisager de « tester » les organisateurs des compétitions avant de les choisir pour la Grande Coupe (Monde) et élargir ainsi la participation internationale. Le premier objectif pourrait être atteint assez facilement (exemple de Dachstein) et le deuxième reste à rêver. Le calendrier étant déjà très chargé, les meilleurs coureurs ne participeront pas volontiers à des courses périphériques et sans aucune récompense même si la beauté des sites est indiscutable.
Il faut signaler le succès de la course de Dachstein : une course technique, financée principalement par les fonds privés, et avec une couverture médiatique comparable à celle des Championnats du Monde.
Championnat du Monde – Olympiades de skialpinisme, participation réelle mise en question
Le grand objectif de la saison met à l’ombre les autres courses du Calendrier officiel, notamment la Coupe du Monde.
Les Championnats sont une grande fête du skialpinisme mondial. Un concept très réussi même si une des discipline est toujours très discutée, la Vertical Race.
Les Championnats du Monde en alternance tous les ans avec les Championnats d’Europe sont des véritables «Olympiades» sportives de ski de montagne.
Les Championnats réunissent des centaines de coureurs de plusieurs dizaines de pays (33 en 2006). Les différences de performance et de techniques entre les nations sont grandes et les courses sont le consensus technique, des parcours accessible à tous et très sécurisés.
A l’encontre de l’idée de faire participer tous les pays vont deux règlements:
- Barrage horaire – qui a exclu des équipes lors de relais, elles été arrêtées sans vraiment un danger !!, idem pour le parcours équipes.
- Classement par pays – exclu la possibilité d’être bien classé pour les petites équipes (le classement prend en compte 3 !!! meilleurs résultats dans chaque catégorie).
- Ainsi les pays sont présents mais jouent plutôt un rôle passif sans vraiment pouvoir figurer sur le classement.
Les organisateurs de ces Championnats ne se démarquent ni par le bon ni par le mauvais. L’organisation est correcte sans aucun charme. Les statistique de satisfaction et de perception sont légèrement négatifs (source : skimo.org) mais ceci est certainement dû à une difficile logistique (longs déplacements, les équipes hébergées dans des différents hôtels éloignés l’un de l’autre, manque d’ambiance commune).
Les 4 courses se sont déroulés en proximité du domaine skiable, et ne representait aucune difficulté particulière. La compétition individuelle a été annulée à cause d’une avalanche, qui s’est écroulé sur une partie du tracé au moment de passage des catégories jeunes et a pris autour de 20 personnes. Il reste à voir, s’il s’agissait vraiment d’un événement imprévisible ou l’organisation technique a été faible.
Le vertical race ne fait toujours pas de l’unanimité. Les coureurs le courent mais sans passion, ils ne le considèrent pas comme une épreuve de Championnat du Monde équivalente à la course de montagne Individuelle ou par équipes. De plus, le fait que les skieurs de fond battent les skialpinistes, ne met pas une bonne image pour notre spécialité et met en question, s’il s’agit vraiment de ski de montagne.
Les organisateurs réfléchissent déjà sur d’autres possibilités de faire évoluer la spécialité pour les prochains Championnats en 2008.
Un événement réussi qui réunie toute la grande famille de ski de montagne y compris les meilleurs de chaque pays et permet de voir que le skialpinisme est un sport mondial. Mais, est-ce que c’est la vérité? Le nombre de pays participants (plusieurs d’eux sans aucune tradition nationale de ski de montagne) ne devrait pas être l’unique critère d’évaluation. L’audience sur Eurosport un serra un certainement aussi.
Circuits parallèles – un bel avenir?
Il serait une erreur de se limiter au circuit « officiel » de l’ISMC. De nombreuses jolies courses sont organisées dans les Alpes, Pyrénées et Carpates. Certaines se rallient pour former des Trophées, de temps en temps s’offre une Coupe du Monde (l’expérience est rarement reconduite).
Toutes ces courses ont des points communs (une ou plusieurs charactéristiques) :
- elles sont très populaires,
- ne souffrent pas de nombre de participants, il faut s’inscrire longtemps à l’avance
- ont des parcours techniques
- n’ont pas une bonne expérience avec ISMC,
- ont un nombre limité des coureurs TOP,
- leur niveau reste national et populaire, même si quelques meilleures équipes y participent.
Grâce à la rigidité des courses ISMC et la baisse de la qualité de certaines de ces courses, les compétitions nationales restent très prisées également par les coureurs mondiaux. IL n’existe aucune synergie entre ces courses et la fédération internationale. Leur compréhension et le respect mutuel ne pourraient être que bénéfiques pour les deux parties.
Une Coupe du Monde par équipe basée sur un circuit des courses techniques (où courir en équipe prend toute sa dimension) tels que Pierra Menta, TSF, Tour Du Ruitor, Altavaltelina, Open Vall Fosca, etc., avec des courses « fixes » et des courses « libres » en alternance chaque année pourrait être une solution intéressante.
Couverture médiatique et le sponsoring - une entente comunne est nécéssaire
Ce volet est jusqu’au présent très négligé dans la gestion globale du skialpinisme mondiale.
La médiatisation des courses ne dépasse pas les frontières nationales du pays hôte. En fonction des pays la couverture est nationale ou seulement régionale (dans la plupart des cas). Ce qui est dû d’une part aussi au fait que la majorité des courses sont surtout des courses populaires et régionales avec une petite participation des licenciés internationaux.
Il est vrai que la situation évolue et la pénétration dans les médias augmente peu à peu. En revanche, il est inacceptable que chaque course fasse sa politique de média et de sponsor au sein de la Coupe du Monde sans une synergie et une coordination. C’est le rôle de la fédération internationale ou de l’organe qui en serait mandaté par elle. Sur ce point ISMC a complètement échoué. Sans une politique commune de médiatisation et de recherche de sponsor, de présence sur Internet le potentiel du circuit International restera inexploité. Les efforts individuels de chaque organisateur de la course de la Coupe du Monde ne peuvent remplacer une stratégie commune et ne peuvent pas apporter le poids de négociation tant bien envers les média que envers des grands sponsors. De plus cette lacune, laisse la place pour une activité privée qui ne plaira pas forcement aux officiels mais qui risque d’aboutir.
A nous de se décider si nous voulons un circuit porteur et fort officiel ou officieux, ou vivoter chacun dans son coin.
Conclusion
Le circuit officiel ISMC connaît une crise qui s’approfondi de l’année en année. Le mécontentement des coureurs et des coaches en est le signe le plus visible ainsi que la baisse de la fréquentation des circuits.
En revanche, les grandes courses se portent très bien et affichent une participation croissante. Manque d’intérêt des coureurs pour des courses officiels, ils se tournent vers ces grandes compétitions. Mais dans cette tendance, chaque partie est perdante. La qualité du circuit officiel est touchée parce que beaucoup de bonnes compétitions ne veulent pas y participer ou ne peuvent pas, faute d’un règlement trop rigide. Les courses ISMC ne ressemblent ainsi qu’un nombre limité de coureurs. Tous les meilleurs coureurs du Monde se rencontre une fois à l’année, au Championnat du Monde. Le reste de la saison, chacun suit son objectif, la Pierra Menta, la Patrouille, la Mezzallama etc. Et ces grandes classiques passent devant le circuit ISMC dans la hiérarchie des valeurs des coureurs. Dans cette optique il est difficile de vouloir «donner » un nom Coupe du Monde si une partie des TP coureurs n’y participent plus.
Le rapprochement des deux circuits ne peut être que bénéfique pour les deux parties. Une Coupe du Monde par équipe reliant les grandes classiques aurait un succès certain. Une coupe du Monde individuel constituée des courses fixes et des courses libres (2-3 courses identiques chaque année, et 1-2 courses nouvelles) serait également plus attractif. Cette solution aidera également la possibilité de médiatisation commune du circuit officiel sans laquelle l’avenir financière sera toujours perturbé.
Zuzana Rychlikova et Josep Castellet








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